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Approche humanitaire WASH et de partenariat local d'Oxfam

Partenariat et WASH

Oxfam collabore depuis longtemps avec des partenaires gouvernementaux, non gouvernementaux et communautaires pour répondre aux besoins humanitaires en eau, assainissement et hygiène (EAH). Oxfam est convaincue que le travail en partenariat est la clé d'interventions humanitaires durables, pertinentes et responsables. Notre organisation s'efforce de nouer des partenariats diversifiés, des communautés locales au secteur privé en passant par les gouvernements. La participation des populations touchées par les crises est essentielle au leadership humanitaire local. La spécificité des contextes humanitaires influence notre façon de travailler avec nos partenaires. Les organisations locales doivent mettre en œuvre tout ce qu'elles peuvent faire avec qualité, efficacité et efficience. Ensemble, nous pouvons avoir un impact plus important [1].

Le partenariat dans le domaine de l'aide humanitaire WASH prend de nombreuses formes différentes. 

Il existe une perception courante selon laquelle le partenariat et le leadership humanitaire local se résument à des ONG internationales travaillant avec ou par l'intermédiaire d'ONG locales. Bien que l'un des principaux indicateurs de l'engagement d'Oxfam en faveur de la décolonisation et du leadership humanitaire local soit de veiller à ce qu'au moins 25 % des fonds humanitaires soient alloués à des ONG nationales et locales, cela n'est pas toujours pertinent. 

Dans la plupart des pays, des autorités étatiques (ou de facto), telles que les services publics et les services techniques gouvernementaux, sont chargées de la fourniture des services d'eau, d'assainissement et d'hygiène (EAH) et de santé. En particulier dans les zones urbaines et périurbaines, ces services techniques, ainsi que leurs prestataires de services publics ou privés associés, sont des partenaires naturels pour les ONG humanitaires œuvrant dans le domaine de l'EAH. Ils contribuent à renforcer le leadership local dans l'action humanitaire pour l'EAH, car ils constituent les prestataires de services et les autorités de long terme. Lorsque ces acteurs bénéficient d'un soutien technique de la part d'Oxfam, ils sont plus résilients et mieux à même de réagir rapidement aux perturbations des services d'EAH et de santé publique en période de crise. Un leadership local efficace dans le secteur de l'EAH passe par le renforcement de ces acteurs.

Dans de nombreuses crises, ces institutions sont soit absentes, soit faibles ou débordées, soit n'ont ni le mandat, ni les ressources, ni la volonté de fournir des services, par exemple dans les camps de réfugiés et de personnes déplacées. Dans ces contextes, les lacunes peuvent être comblées par des organisations de la société civile, des organisations confessionnelles et non gouvernementales, ainsi que par le secteur privé, ou pas du tout. Tous ces acteurs sont des partenaires locaux potentiels pour Oxfam ; cependant, leurs connaissances, leur expérience, leur professionnalisme, leurs motivations et leurs capacités varient considérablement, et il faut du temps pour les appréhender. Pour une intervention efficace en matière d'eau, d'assainissement et d'hygiène (EAH) lors d'une crise à déclenchement rapide, la planification avec les partenaires doit commencer en amont de la crise.  

Le tableau ci-dessous résume l'éventail des partenaires locaux :

Gouvernement/ÉtatUtilitairesONG/Société civile/IndépendantSecteur privéPopulation touchée par la crise
Ministères sectoriels (Eau, Santé, Éducation). Administration locale (district/comté), centres de santé, écolesEntreprises de distribution d'eau et d'assainissement (principalement en zones urbaines)ONG locales et nationales, organisations confessionnelles, Croix-Rouge/Croissant-Rouge, universitésVendeurs d'eau, prestataires de services d'assainissement, entrepreneurscomités de gestion de l'eau, bénévoles en santé communautaire

Les crises prolongées et les programmes WASH à long terme permettent de nouer des partenariats et de présenter des opportunités d'innovation et de recherche avec les organisations locales, notamment les établissements universitaires. Au Bangladesh, Oxfam s'est associée à l'Université de Dhaka dans le cadre de son projet d'architecture sociale afin de garantir une conception des installations sanitaires centrée sur l'utilisateur et de modéliser les eaux souterraines pour quantifier les ressources durables dans la région de Cox's Bazar, fortement exploitées en raison de l'afflux de réfugiés.

Les personnes touchées par les crises au cœur du leadership humanitaire local

Dans tous les programmes WASH d'Oxfam à travers le monde, nous collaborons avec les populations affectées, ainsi qu'avec les personnes et les groupes qui les représentent, notamment les comités de gestion de l'eau/WASH, les agents de santé communautaires, les écoles, les centres de santé et les associations de jeunes et de femmes. Il s'agit d'organisations et de représentants locaux, certains bénéficiant d'une reconnaissance légale et d'un enregistrement, d'autres d'un fonctionnement plus informel. Contrairement aux ONG locales qui dépendent généralement de financements et de subventions externes pour assurer leur pérennité, ces groupes n'en ont souvent pas besoin ou disposent d'autres sources de revenus indépendantes du secteur humanitaire. Bien que ces relations ne soient pas toujours considérées comme des « partenariats », si elles sont bien gérées et fondées sur la consultation et l'engagement, elles autonomisent les populations locales et constituent sans doute la forme la plus authentique de leadership humanitaire local. Le programme « argent contre eau » (Somalie) et les subventions communautaires (Ukraine) en sont des exemples.

Les mécanismes du partenariat et la réponse la plus appropriée

Développer des partenariats prend du temps, tant au niveau des processus formels que de l'établissement d'une relation de confiance, de respect et de clarté quant aux attentes, aux rôles, aux responsabilités et aux modes de fonctionnement. Chaque affilié d'Oxfam dispose de ses propres processus, systèmes et procédures obligatoires avant qu'un partenariat puisse être initié ou activé. Certes, certains de ces processus pourraient être simplifiés et Oxfam doit s'adapter pour s'engager pleinement dans des partenariats équitables, mais dans un avenir prévisible, les aspects procéduraux des partenariats continueront de constituer un frein à la réactivité de l'intervention humanitaire d'Oxfam. 

Face aux crises prolongées et récurrentes, il est possible de développer et de consolider des partenariats en dehors des périodes de crise. Par exemple, au Kenya, en Palestine, en Indonésie et aux Philippines, Oxfam a établi des réseaux de partenaires locaux (ONG) expérimentés dans les programmes humanitaires d'eau, d'assainissement et d'hygiène (EAH) et capables de réagir rapidement en cas de crise ; or, ce n'est souvent pas le cas dans d'autres pays. 

Lors de plusieurs crises humanitaires majeures récentes, notamment au Maroc, en Turquie et au Mozambique, Oxfam disposait de partenaires locaux, mais ni son personnel sur place ni ses partenaires ne possédaient d'expérience humanitaire ou programmatique en matière d'eau, d'assainissement et d'hygiène (EAH). De même, pour l'Ukraine et la réponse associée en Pologne, en l'absence d'Oxfam au préalable, il a été nécessaire, pour répondre aux besoins humanitaires immédiats, qu'une équipe internationale d'intervention d'Oxfam soit déployée afin d'initier une réponse et de gérer les activités directement et par le biais d'accords contractuels avec des prestataires de services spécialisés du secteur privé. 

Une équipe d'intervention d'Oxfam doit tenir compte du caractère unique de chaque contexte et décider du mode de travail et des modalités de réponse les plus appropriés, en s'appuyant sur les compétences techniques internes d'Oxfam en matière d'eau, d'assainissement et d'hygiène humanitaires et en soutenant nos principes de partenariat, sans compromettre l'impératif humanitaire de fournir un accès de qualité et rapide à des services d'eau, d'assainissement et d'hygiène, qui peuvent sauver des vies. 

Souvent, l'ampleur des besoins en eau, assainissement et hygiène (EAH) et des interventions nécessaires suite à un conflit ou une catastrophe naturelle dépasse l'expérience des équipes Oxfam pays et des organisations locales. C'est pourquoi l'équipe humanitaire mondiale EAH d'Oxfam existe. Forte de 28 collaborateurs de 17 nationalités différentes, chacun possédant entre 10 et 20 ans d'expérience, voire plus, dans la réponse aux crises humanitaires à travers le monde, cette équipe pluridisciplinaire peut combler les lacunes techniques et accompagner, voire piloter, les équipes locales dans l'élaboration et la mise en œuvre d'une réponse adaptée. Cela peut impliquer le détachement et l'intégration de personnel Oxfam expérimenté au sein d'organisations partenaires afin de les soutenir et de les accompagner lors d'une transition et d'un déploiement à plus grande échelle, impliquant de nouvelles approches, activités et une augmentation de la charge de travail.

Une note de prudence

Le partenariat est une approche importante pour Oxfam, mais non une fin en soi. Nous privilégions les partenariats lorsque cela est possible et agissons là où c'est nécessaire. [2] Concevoir et mettre en œuvre des interventions WASH de qualité exige un personnel qualifié et spécialisé, possédant une expérience avérée en ingénierie, en santé publique et en mobilisation communautaire. Toutes les organisations (y compris certaines équipes d'Oxfam) ne disposent pas de ces compétences. Dans certains pays, le recours accru aux partenariats s'est accompagné d'une réduction et d'une dévalorisation du personnel WASH d'Oxfam, conduisant à des situations où Oxfam possède moins de connaissances en matière de WASH que ses partenaires. Dès lors, on peut se demander, outre le financement, quelle est la valeur ajoutée d'Oxfam ? Travailler en partenariat peut certes réduire la taille de l'équipe Oxfam, mais exige surtout un personnel plus qualifié, notamment si nous souhaitons conserver notre réputation de chef de file en matière de WASH humanitaire. Des équipes inexpérimentées risquent de fournir des installations d'eau et d'assainissement non conformes aux normes requises, basées sur des interventions antérieures ou sur la facilité [ 3 ] , plutôt que sur une analyse critique des besoins réels.

Les besoins humanitaires en eau, assainissement et hygiène (EAH) augmentent alors même que l'ampleur, la portée et l'ambition des programmes EAH d'Oxfam diminuent. Privilégier les partenariats et l'aide humanitaire locale ne signifie pas qu'Oxfam doive se désengager de la présence et de la fourniture directe de services aux populations touchées par les crises. Dans les contextes où les partenaires locaux possédant l'expérience et les capacités requises en matière d'EAH sont absents ou n'ont pas la capacité d'étendre leurs actions et de répondre aux besoins, contrairement à Oxfam, alors Oxfam doit fournir directement l'aide humanitaire. Cela est pleinement conforme aux engagements de notre organisation. De même, dans certaines crises, même si les besoins humanitaires sont importants, il se peut que d'autres organisations soient mieux placées pour intervenir et que la valeur ajoutée d'une réponse EAH d'Oxfam soit limitée, une fois tous les facteurs externes pris en compte.

L'avenir : un partenariat renforcé et un leadership humanitaire local

Oxfam privilégie les partenariats et le leadership humanitaire local, mais cherche encore à optimiser toutes les opportunités qu'ils offrent et à développer des méthodes de travail qui tirent parti de l'expertise et de la réputation mondiales qu'elle a acquises au cours des 50 dernières années, combinées à l'expertise et aux connaissances des organisations locales. Quels que soient ses partenaires, les modalités de mise en œuvre et son rôle (pilotage ou soutien), Oxfam doit, pour participer à des interventions humanitaires WASH de qualité, conserver un personnel qualifié et expérimenté. 

Pour qu'Oxfam dispose de partenaires crédibles dans le domaine de l'eau, de l'assainissement et de l'hygiène (EAH) dans tous les pays où elle intervient dans le cadre de l'aide humanitaire, il est nécessaire d'allouer des ressources et de prioriser la préparation et le renforcement institutionnel. Les conseillers régionaux EAH, les conseillers techniques et les spécialistes en santé humanitaire au sein du GHT sont disponibles pour appuyer les efforts visant à renforcer le leadership humanitaire local. Toutefois, ce renforcement doit être piloté par le personnel d'Oxfam dans les pays, avant et entre les crises, en s'engageant auprès des organisations locales et/ou des autorités mandatées par l'État et en leur fournissant un appui technique et un renforcement institutionnel adaptés, afin de leur permettre de fournir des services résilients, dans les contextes où cela est possible.


[1] Extraits des politiques de partenariat d'Oxfam (OGB et OUS)

[2] Dossier humanitaire Oxfam 2024

[3] Les distributions d’articles non alimentaires, le transport d’eau par camion, les séances de promotion de l’hygiène peuvent être des interventions essentielles, mais lorsqu’elles ne sont pas bien ciblées et planifiées, elles peuvent tout aussi bien avoir un impact minimal sur l’amélioration de l’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène et sur les résultats en matière de santé publique.


Documentation associée

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